En descendant le Rio San Juan

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La ville de San Carlos où je suis arrivée depuis Ometepe, me fait penser à Vieng Thong (ou Muang Hiem) au Laos. Il n’y a absolument rien à y faire mais c’est un des axes commerciaux les plus importants, il n’y a aucun touriste, à part moi. San Carlos fait la jonction entre le lac Nicaragua et le fleuve du Rio San Juan. Ses murs sont pauvres, souvent fait de tôle ondulés, mais colorés, vivants.

Les vendeurs à la sauvette grouillent, les chicken bus (anciens bus scolaires américains reconvertis en transports de passagers en Amérique centrale) klaxonnent en tous sens, la boue gicle, les quartiers de viande pendouillent tandis que les hérons et les buses pêchent dans l’estuaire. 

Comme à Vieng Thong j’ai rencontré pas mal de gens, sauf que cette fois je parle leur langue. J’ai enchaîné les conversations sur le mariage, la contraception, le libre arbitre, le design intelligent et le pouvoir d’achat, j’ai l’impression d’avoir la tête qui va exploser tant je me suis concentrée mais ravie de pouvoir plus ou moins me faire comprendre, et d’avoir pu converser aussi longtemps. Deacachimba ! (C’est génial) 

C’est d’ailleurs bizarre de voir que j’ai finalement très peu écrit sur mes expériences à Vang thieng, alors qu’en y repensant, cela reste parmi mes meilleurs souvenirs de voyage, et parmi les plus émouvants. La simplicité de la vie quotidienne d’une petite ville, la possibilité de vivre au rythme des locaux pour quelques heures, ce sont ces instants d’échanges que je cherche et chéris sur la route. 

J’avoue qu’une fois de plus ma condition de femme seule m’aide beaucoup, je n’ai qu’à m’asseoir quelque part et sourire dans le vide pour que quelqu’un (un homme donc) vienne me parler. Ils sont tous mariés ou pères de famille (avoir cinq enfants de cinq femmes différentes est d’une banalité totale ici) mais ne se privent pas de venir tchatcher avec une petite gringa. Ca les fait beaucoup rire que Patrick soit “resté à la maison” pendant que je voyage, et les perturbe beaucoup que je puisse prendre six mois de vacances. 

Embarquée sur un petit bateau à moteur, je descends le fleuve, pour rejoindre la ville d’El Castillo. Mon premier stop se fait à de Boca de Sabalos. (La bouche des Sabalos, du nom d’un poisson géant qui peuple la rivière) un village à cheval sur la rive d’un des affluent du Rio san Juan. D’un côté un hôtel sur pilotis un peu classe et des maisons sur pilotis en bois et en tôle, de l’autre une guesthouse un peu craca, des bars qui crachent de la pop latino, et des maisons en dur. Pour passer d’une rive à l’autre il faut payer 10 centimes le passage dans une petite panga (une barque).

J’ai continué de descendre le fleuve jusqu’à El Castillo, où m’attends le guide déniché sur Facebook, et d’où partent les treks pour la réserve naturelle. Hélas, si les hôtels sont mieux, le nombre de touristes venus en masse pour faire des tours à la journée rends quasi impossible toute forme de contact autre que mercantile. D’habitude il suffit que je me promène lentement avec mon air de ravi de la crèche et rapidement quelqu’un vient me parler. Mais ici, c’est peine perdue.  

Le fort espagnol qui domine le village a été construit au 17ème siècle, pour protéger les colonies espagnoles des attaques des pirates et des soldats anglais  qui remontaient le fleuve, depuis les Caraïbes. Le fort a été attaqué par Francis Drake, Henry Morgan et l’amiral Nelson, qui a faillit y laisser sa vie ce jour là. Aujourd’hui, El Castillo ne subit plus les invasions des pirates mais le coin est réputé pour être un passage clandestin vers le Costa Rica. Des chercheurs d’or des deux pays fouillent les anciennes mines illégalement et d’après les conversations entendues au village, se font menacer et tuer par l’armée. Autre bizarrerie sordide du village, partout sont placardées des affiches pour informer les jeunes sur les dangers de la traite des personnes, et des fausses annonces qui recrutent des jeunes gens « sans expérience ».