Indio Maiz biological reserve

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Le troisième jour à El Castillo, Peter, un australien vivant à Londres me rejoint, et ensemble nous partons en bateau avec Yarlen. Yarlen a 38 ans, il est né dans la réserve, y a servi de garde forestier durant des années et connaît toute la jungle et ses habitants. Il peut repérer n’importe quel animal à 150 mètres (et les attraper à mains nues) et sait exactement où les trouver.

Durant trois jours, on a descendu le fleuve en canoe, pour mieux approcher la faune, comme je l’avais déjà fait à Bornéo et au Laos. Dès les premières minutes on aperçoit hérons, aigrettes, paresseux, singes, iguanes, perroquets, agoutis et autres tortues qui viennent se sécher au sommet des arbres ou sur les rives, dès qu’un rayon de soleil apparaît miraculeusement entre deux averses.

On se baigne dans les affluents du Rio San Juan (dans le fleuve vivent crocos et caïmans, mais aussi des requins d’eau douce, vers l’estuaire) on boit des noix de coco avec du rhum, on essaie de faire un feu et de cuisiner en se protégeant des pluies diluviennes sous des bâches en plastique. Lors d’un court trek de on aperçoit de nouveaux animaux, dont des lézards Jésus Christ (qui courent sur l’eau) et des fourmis de 3cm de long (hormiga bala), dont la morsure est comparée à un coup de fusil. 

La première nuit nous dormons dans des hamacs installés sous un abris en bois sur lequel on a installé des bâches. Aller pisser est une aventure, à chacun de nos pas on vérifie minutieusement qu’aucun serpent, fourmi, araignée ou grenouille venimeuse (les indiens Rama prélèvent leur poison pour y tremper les épines des arbres qu’ils utilisent comme fléchettes pour leurs sarbacanes) ne se trouve sur le chemin ou en dessous de nos fesses. Malgré l’orage qui nous force à nous lever pour installer de nouvelles bâches,  je dors comme un bébé bercée par les bruits de la jungle. 

Le deuxième jour nous continuons nos explorations. Sur la rive gauche, côté Nica, la forêt est majestueuse, intacte et sauvage, sur la droite, côté Tico, elle est arrachée, clairsemée de champs et de plantations. Yarlen nous donne des milliers de détails sur ses animaux préférés et me promets d’attraper un serpent quand il apprends que je suis gaga de tous les animaux, même des araignées et des reptiles. En installant le camp le 2ème soir sur une petite île (hamacs installés sous des bâches en plastiques tendues sur des bambous) il trouve un joli petit boa constrictor qu’il place dans mes mains. Avant ça j’ai aussi eu droit à une tarentule, un iguane et un gecko, “regalos para mi princesita”. L’île n’est pas naturelle : c’est en réalité un bateau qui a coulé il y a 200 ans, et sur lequel la nature a décidé de s’installer. Les navires apportaient des vivres aux chercheurs d’or qui travaillaient le long des rives, et repartaient avec les richesses du pays, direction l’Angleterre et l’Espagne. 

Le 3ème jour on remonte les rapides dans un bateau à moteur qui est venu nous chercher. On peut ainsi s’approcher plus près des crocos et des caïmans que nous n’avions pas vu lors de nos expéditions nocturnes. A peine de retour à El Castillo, j’ai déjà envie de repartir dans la jungle… Au Costa Rica se trouve la péninsule d’Osa, réputée pour sa forêt sauvage et ses plages de sable blanc, et je crois ne pas avoir trop de mal à convaincre Patrick d’y aller avec moi quand il viendra me retrouver.

Aude Castan