Trier du bétail et biberonner des veaux

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Le long de la côte ouest on s'est arrêté plusieurs fois pour faire de courts treks. On a vu les Pancakes rocks, des blocs de pierre calcaire dont l'érosion reste un mystère pour les géologues, le magnifique Lake Matheson et deux glaciers qui ressemblaient plus à la slotch de Montréal qu'au mur de Games of Throne.

Le Franz Joseph glacier, Kaa roimata ou Hine hukatere en Maori (les larmes de la fille des avalanches) tire son nom d'une légende qui raconte que les larmes d'une amoureuse éplorée, dont l'amant avait chuté du haut de la montagne, ont gelé le glacier. Si avec le réchauffement climatique les deux glaciers reculent drastiquement d'année en année, les montagnes qui les entourent grandissent de 10-20mm / an, ce qui fait d'elles les chaînes à la croissance la plus rapide au monde.

Poursuivant notre route vers le sud nous nous sommes arrêtées chez Thomas et Sue, qui élèvent 1000 vaches à viande dans une vallée coincée entre les montagnes et l’océan. Tout comme dans le parc d’Abel Tasman, la diversité de la flore est impressionnante : forêts semblables à celles d’Europe du nord, bush, jungle tropicale et prés verdoyants se côtoient à quelques centaines de mètres de distance.

Thomas trie le bétail à cheval, sur Hairy Ball, croisé arabe, et Sally une vieille quarter-horse palomino qui fait « un peu monture de pédé » selon lui.  L’une après l’autre on l’accompagne chaque jour, chevauchant au milieu des génisses,  et des petits veaux trop choupicroquignolets avec la morve au nez et les yeux bleus.

C’est la saison où les vaches mettent bas, et tous les jours on doit trouver les nouveau-nés, souvent cachés sous les arbres, les fourrer dans un sac pour les peser et les taguer. Tout ça en évitant de se faire piquer par les sand flies. Qui passent dans mon top 1 des animaux relous, avec en numéro 2 les weka, des genre de poules aux ailes courtaudes et au regard vicieux, que l’on rencontre souvent sur les aires de camping qui essaient sournoisement de se glisser dans le van quand on prépare à manger.

Un matin on a trouvé une vache prête à mettre bas, avec un pied de veau déjà à l’extérieur.  On a utilisé les rênes de la bride d’Hairy Ball pour attacher le pied, et tirer le veau hors de son ventre. Si on jour on m’avait dit que j’allais faire de l’obstétrique bovin, je ne l’aurais pas cru.  Un autre jour, un des veaux a pris Sally pour sa mère et a essayé de la téter. Parfois ils confondent aussi le tracteur avec leurs mères.

On l’aide aussi à trier les bêtes, les passer d’un paddock à l’autre. C’est le Far West mais pépouze : la plupart du tri se fait tranquillou au pas, pour ne pas effrayer les vaches, parfois on s’élance pour en ramener une récalcitrante,  mais en général les chiens sont bien plus rapides pour leur faire face.  Les chiens sont aussi rassurants : les animaux ont beau être tous placides, quand j’ai dû rabattre un monstre de 700kg qui mugissait devant un pré rempli de génisses, j’étais bien contente de les avoir pas loin. Quoi que les chevaux s’imposent naturellement, oreilles couchées en arrières et dents en avant, voire à coup de genoux.

On nourrit au biberon les 7 veaux rejetés par leurs mères. Quand un veau est mort-né, Thomas dépèce sa peau pour la mettre sur le dos d’un des orphelins, pour que la vache l’allaite, mais parfois il est trop tard pour le faire accepter.

Les autres restent avec leurs mères jusqu’à ce qu’ils atteignent 1 an. Ensuite, certains sont vendus comme reproducteurs/trices, d’autres restent et mangent de l’herbe grasse et de la betterave dodue directement dans les champs, puis sont  abattus entre 3 et 5ans.

Dans les grandes exploitations laitières les veaux sont retirés à leurs mères dès la naissance, les mâles sont abattus peu après (la viande de veau ne se vends pas en NZ) et les génisses nourries au biberon (avec de gros taux de pertes.) Dans les prés on peut voir des grands tas de cadavres, les veaux mâles que l’on a tué et brûlé peu après leur naissance. Je suis venue dans les fermes pour me dégoûter de l’exploitation animale et devenir végétarienne, mission accomplie.

Thomas est un sacré personnage, un peu bourru, toujours une roulée au bec, la moustache jaunie, très bavard, il a toujours une nouvelle anecdote à nous raconter, ponctuée de digressions interminables et très détaillées.  

Il nous a expliqué les différences entre les races (la charolaise est la plus agressive) et raconté pourquoi les anglais sont surnommés les roast beefs : Très tôt les anglais ont pris l’habitude d’élever des vaches juste pour leurs viande, tandis que les français les utilisaient comme bêtes de somme. Les anglaises étaient petites et grasses, les françaises trapues, musclées et plus grandes. On les tuait en fin de vie, et pour masquer le goût un peu rance on cuisinait les plats en sauce tandis que de l’autre côté de la manche les british servaient fièrement trois patates bouillies autour d’un roast beef bien tendre et juteux à tous leurs repas, allant même jusqu’à installer des rôtisseries dans les tours des châteaux, en se servant des hallebardes comme piques.

Sue, sa compagne nous a emmenées à une « ladies night » dans le restaurant d’un élevage de saumon où on a toutes finies bourrées, nos verres ne désemplissant jamais. On a gouté aux whitebaits, des poissons incolores et insipides qui sont pourtant considérés comme un produit fin et se vendent 14$ les 100 grammes. Une fois par an Sue se rends dans l’estuaire pour les pêcher et les revendre. Elle pose aussi des trappes pour attraper les opossums dont la fourrure se vend bien. Leurs carcasses nourrissent les chiens, on ne gaspille rien ici.

Encore une fois je suis choquée de l’ignorance et des préconceptions des Kiwis : Ils admettent qu’ils n’accueilleront jamais de woofers noirs, musulmans ou asiatiques car «  ils sont trop différents », et lorsqu’on a demandé à Tom, le fils de Thomas s’il avait déjà mangé des sushis il nous a répondu que non, car « c’est Japonais. » Le couscous ? Jamais entendu parler. D’ailleurs il n’a jamais entendu parler de beaucoup de choses, depuis l’arc de Triomphe, en passant par le printemps arabe ou le pain perdu. Je soupçonne d’ailleurs que le seul livre qu’il ait lu en dix ans soit le mode d’emploi de son tracteur, et encore.

AC