1 mois et demi de volontariat pour Elephants World

13466359_10154343491124744_7894398505619306710_n.jpg
14068174_1225826630803147_6532990758200593025_n.jpg
tumblr_nnbej4qSCe1qe6khfo4_r1_1280.jpg
14034811_1214824305236713_6932358146601200594_n.jpg
13335802_1160168494035628_2915025091487090871_n.jpg

À la fin des années 80, la Thaïlande a interdit l’exploitation commerciale du bois de ses forêts et les éléphants et leurs mahouts (leurs soigneurs) se sont retrouvés sans emploi.

Il sont partis mendier dans les villes, transformant leurs bestioles en animaux de cirque, ou en gros poneys dans des camps, trimballant des touristes dans des sièges en bamboo qui leur ravagent le dos jusqu’à l’épuisement ou la blessure fatal.

Elephants World est un sanctuaire dédié à la retraite de ces éléphants. Le centre compte au total 15 éléphants dont 2 mâles et 13 femelles. Chaque éléphant a son propre mahout chargé de prendre soin de lui. Raseng, le mahout de To-Me travaille avec son éléphant depuis 20 ans. Jirowat connaît Nemochi depuis l’enfance, ils ont le même âge. Nato connaît Aum Pan depuis seulement 2 mois. En tant que volontaire mon rôle consiste à guider les touristes, leur expliquer quelles sont les conditions de vie des animaux, leur faire remplir des paniers de fruits pour les nourrir, et à ne pas poser trop de questions sur le financement du lieu et les conditions de vie des employés.

Les mahouts d'Elephants World appartiennent à l'ethnie Karen, une ethnie persécutée en Birmanie et qui a fuit en Thaïlande. Les Karens sont liés aux éléphants depuis des générations. Le plus jeune ici a quinze ans, il aide les autres durant ses vacances scolaires. Paradoxalement, bien que l'animal soit sacré, le job est extrêmement bas dans l'échelle sociale.

Si en Thaïlande les Birmans sont utilisés comme main d'œuvre pas chère et corvéable à merci, les Karen sont non seulement exploités mais aussi parfois méprisés par les thaïs et les birmans. Ils n'ont souvent pas de certificats de naissance, et donc pas de passeport. Ils sont autorisés à passer d'un pays à l'autre et à travailler légalement, seulement dans la province de Kanchanabury et doivent faire renouveler leur permis de travail très régulièrement.

En discutant avec eux je me suis rendue compte de mon ignorance quand aux raisons pour lesquelles les rebelles issus des différentes minorités se battent contre les soldats Birmans. La plupart des minorités, dont les Kachin et les Karen se sont vu promettre un territoire par le Royaume Uni, en échange de leur aide militaire contre l'occupation Japonaise. A la libération, le général qui avait fédéré le peuple birman avec les tribus a été assassiné, et le pouvoir est tombé aux mains des rebelles du parti communiste birman.

En tant que tribus chrétiennes évangéliques (ou animistes) dans un pays bouddhiste, les libertés culturelles politiques et religieuses des Karens sont limitées: Les civils sont forcés à quitter leurs villages pour se réfugier dans la jungle ou envoyés dans des camps de réfugiés, la torture et le viol comme arme psychologique sont courant et les enfants soldats sont encore présents.

Le gouvernement arrive à dissimuler la situation en créant, un peu comme le fait la Corée du Nord, des zones touristiques contrôlées ouvertes aux étrangers et donnant l'illusion que la situation politique est stable. La surveillance et le contrôle des habitants sont omniprésents : En Birmanie les habitants ne sont pas autorisés à recevoir d'étrangers chez eux. Même si ils sont mariés. Les falangs doivent résider dans des établissements tenus et dirigés par des employés du gouvernement.

ElephantsWorld fourni un travail, des repas et un toit à ses employés, ainsi qu'une rémunération d'environ 200€/mois. Pourtant leurs conditions de vie sont nettement moins bonnes que les volontaires. En attendant que leurs nouvelles maisons soient construites dans le village ils dormaient dans des tentes alors que certains cottages réservés aux volontaires étaient libres. Leurs repas sont aussi nettement moins riches que les nôtres.

Le décalage entre nos vies de privilégiés et les leurs est colossal surtout dans la mesure où nous sommes en vacances alors que c'est pour eux leur vie quotidienne. Ainsi les volontaires picolent souvent le soir car “c'est les vacances” sans penser que cela encourage les mahouts à faire pareil. Toute l'année. De même certains se sentent autorisés à leur donner des conseils sur la façon dont ils travaillent avec les éléphants… Et j'admire la patience des mahouts à ne pas les envoyer chier.

Il est dur de leur donner un âge, certains ont l'air d'enfants mais ils savent découper une chèvre à la machette en deux secondes, rigolent quand un serpent les attaque lorsqu'ils attrapent des grenouilles sous la pluie. On regarde des clips de rappeurs thaï, on joue à des jeux de société et on parle un anglais approximatif pour se faire comprendre des trois plus jeunes qui ne le parlent pas ou qui apprennent. Et ils apprennent vraiment vite alors que je galère à prononcer trois mots de thaï. Le soir les deux frères Dido et Edhar prennent parfois leurs guitares et Nato me chante des chansons d'amour en me tenant la main.

tumblr_nmfmkpTJNy1qe6khfo1_1280.jpg
tumblr_nnbej4qSCe1qe6khfo6_1280.jpg
tumblr_nno9h8d1xc1qe6khfo1_r1_1280.jpg
tumblr_nmjfbxMmsh1qe6khfo2_1280.jpg

AC